
En privé, Sol Zanetti croyait fermement que les plus récentes positions de Québec solidaire sur la clause dérogatoire sont incompatibles avec le souverainisme. J’en ai été témoin, et je tiens à vous présenter les faits, preuves à l’appui. Cette nouvelle histoire confirme ce que plusieurs ont longtemps soupçonné : pour militer au sein de QS, l’actuel porte-parole a dû réprimer ses propres convictions.
Si j’en sais autant sur ses difficultés à l’intérieur du parti, c’est parce que je me suis battu à ses côtés. Indignés par le fait que QS évitait de parler d’indépendance en 2022, nous avons remis sur pied le collectif Option nationale, que j’ai ensuite coordonné. Sous ce rôle, je suis devenu l’oreille et le porte-voix de Sol au sein de la base militante. Ce qui nous amène aux événements survenus en février 2024.
À l’époque, le gouvernement caquiste souhaite renouveler la clause dérogatoire protégeant la loi 21 de l’interférence de la Cour suprême du Canada, qui appliquerait une Charte que le Québec n’a jamais ratifiée. Pour un parti indépendantiste, appuyer la CAQ dans ces circonstances était donc une manière de valoriser la souveraineté du Québec, qui inclut la liberté de voter ses propres lois dans un cadre juridique auquel nous consentons. Voilà qui explique les propos du député solidaire Alexandre Leduc qui, en entrevue au Journal de Québec, prétendait que son parti « est à l’aise à ce qu’il y ait une clause dérogatoire de la Charte fédérale parce qu’on est indépendantiste, parce qu’on est nationaliste! »
Mais pour plusieurs solidaires haut placés, sacrifier le nationalisme était un petit prix à payer pour s’offrir une nouvelle occasion de dédaigner la loi 21 en public. Si bien que peu après la déclaration de Leduc, le Comité de coordination nationale (CCN) s’apprêtait à voter une volte-face complète. Cette perspective a profondément choqué Sol Zanetti, qui m’a éventuellement contacté pour que notre collectif transmette au CCN un plaidoyer pour le maintien de notre position. Dans la lettre que nous avons transmise, notre avertissement était clair : ne pas appuyer le renouvellement de la clause « compromettrait directement la cohérence entre nos gestes et nos engagements politiques. Nous avons explicitement renié le bien-fondé du système fédéral canadien. Il n’en tient qu’à nous de prouver notre conviction ». Bien que Sol n’ait pas lui-même écrit ce texte, il en a demandé l’écriture, l’a lu, l’a applaudi et a souhaité sa transmission immédiate.
Mais à l’évidence, nous n’avons pas été écoutés. Et si le collectif souhaitait lui aussi que la loi 21 puisse être soumise à la Charte québécoise des droits et libertés, il n’était pas question d’en faire une condition à l’appui au projet de loi 52, qui ne servait strictement qu’à se prémunir d’une intervention du fédéral. À notre grand désarroi, le parti a décidé qu’il était acceptable de sacrifier l’un de ses principes afin d’en promouvoir un autre.
Pire encore, QS est éventuellement allé bien plus loin : dans un communiqué de presse de mai 2026, les solidaires ont carrément proposé de restreindre formellement l’utilisation de la clause dérogatoire. En d’autres termes, le parti dit maintenant souhaiter que le fédéral se mêle de nos lois dans certains cas! Et inexplicablement, dans ce même communiqué, Sol s’est dit « fier » de cette nouvelle position! Comment a-t-il pu honnêtement en arriver là, alors qu’il y a à peine deux ans, Sol voulait déchirer sa chemise pour beaucoup moins que cela?
Tout porte à croire que l’ancien chef d’Option nationale a dû défendre une opinion qui n’est pas la sienne, après avoir perdu une autre lutte interne. Et si tel est le cas, l’électorat québécois mérite de le savoir. Il mérite aussi de comprendre à quel point la défense de l’indépendantisme au sein de Québec solidaire se heurte à l’hostilité de nos propres collègues. En 2026, un seul parti assume pleinement ses convictions souverainistes.
Les traces écrites
Tout commence lorsque Sol me demande, via SMS, d’écrire une lettre au CCN:

Ci-dessous, vous trouverez un lien pour consulter et télécharger la lettre:
Sur Messenger, Sol lit la lettre, l’applaudit et souhaite sa transmission rapide:

Et voici enfin le courriel d’envoi au CCN. Notez que Roxane Milot était à l’époque la présidente du parti:

Laisser un commentaire