Les dernières élections de Québec solidaire

« Ce soir, malgré tout, Québec solidaire résiste ».

Voilà qui résume le narratif qu’ont proposé Ruba Ghazal et son parti après avoir perdu trois de leurs douze sièges lors du plus récent scrutin. Pour plusieurs militants, ce résultat avait certes quelque chose de soulageant, tellement la peur de disparaître semblait s’être imposée durant la campagne.

Indéniablement, neuf sièges sont mieux que huit, sept ou tous les autres chiffres qui descendent jusqu’à zéro. Mais au cours des quatre longues années à venir, cette mince consolation laissera place à une amère déception. Car d’ici aux prochaines élections, Québec solidaire (QS) aura passé un quart de siècle dans les marges de la politique provinciale. Un lourd constat d’échec qui arrive d’ailleurs à un très mauvais moment, alors que la perspective d’un gouvernement indépendantiste minoritaire ravivera de profondes tensions internes sur la question nationale. À bien des égards, les résultats du 5 octobre risquent de marquer le début de la fin.

Vers l’épuisement

« Ce soir, malgré tout, Québec solidaire résiste ». En réalité, ces mots ne sont pas ceux de Ruba Ghazal, mais bien de Gabriel Nadeau-Dubois, prononcés dans son discours de soirée électorale en 2022. À l’époque, le ton optimiste du porte-parole paraissait déjà suspect. Après tout,  le parti n’avait obtenu qu’un siège de plus. C’était la stagnation. Et cette réalité avait clairement tourmenté GND jusqu’à son éventuelle démission. « Le risque du plafonnement, on en est conscients. On ne vit pas dans un monde de licornes », avait-il lancé en conseil national quelques mois plus tard. S’ensuivit une tentative infructueuse de faire adopter au parti un virage « pragmatique » afin d’aspirer sérieusement au pouvoir.

Aujourd’hui, Ghazal essaie de jouer la même cassette « résistance » que Nadeau-Dubois en 2022. Mais sa salade sera bien plus difficile à vendre. Quatre ans plus tard, QS n’a pas gagné qu’un seul siège : il en a perdu le quart. Au suffrage universel, il est passé du 2e au 5e rang. Inévitablement, si les chiffres de 2022 étaient décevants, ceux de 2026 feront encore plus mal. D’autant plus qu’au Québec, aucun parti politique ayant siégé à l’Assemblée nationale n’a survécu aussi longtemps que QS sans prendre le pouvoir. Une sombre distinction autrefois détenue par l’Action démocratique du Québec (ADQ), avec ses 18 ans d’existence.

Une question nationale qui dérange

Seule une minorité d’électeurs solidaires voterait « Oui » à un référendum d’indépendance. Ce fait ne date pas d’hier : les sondages le confirment depuis des années. Et la tendance n’épargne certainement pas la base militante, qui invite régulièrement les progressistes fédéralistes à rejoindre le « seul parti de gauche au Québec ». Même les membres se disant souverainistes n’ont pas toujours un appétit pour autre chose qu’une indépendance établie par et pour un gouvernement solidaire. Que faire, alors, d’une éventuelle proposition de référendum par le Parti Québécois (PQ), constamment accusé par QS d’un « virage à droite » qu’il faudrait éviter à tout prix?

À ce sujet, le caucus solidaire semble condamné à faire fulminer une partie de sa base. S’il bloque un processus référendaire, on lui reprochera de s’opposer à son propre programme politique, lequel énonce clairement que le Québec devrait être un pays. Au contraire, s’il permet un référendum, il deviendra la cible d’un émoi anti-PQ qu’il a lui-même attisé chez ses partisans. N’en déplaise à ceux qui rêvent encore d’une alliance indépendantiste progressiste, les ponts ont été brûlés.

Le problème est d’autant plus embarrassant que QS détient assez de voix pour faire avancer n’importe quel projet de loi péquiste. Le parti est coincé avec la balle dans son camp. Et même s’il s’en remet à un vote des membres, il s’expose alors à des débats déchirants. Impossible également de se défiler en prétextant une impasse dans les négociations avec le PQ. À 9 sièges contre 59, le caucus solidaire serait certainement perçu comme responsable de cet échec.

Ultimement, QS sera forcé de préciser jusqu’où vont ses ambitions indépendantistes. Quitte à perdre une partie de ses troupes.

Point de rupture

L’avenir de la formation est donc doublement menacé. D’un côté, l’usure et la déception se feront sentir. De l’autre, des discussions périlleuses sur l’avenir du Québec sont en vue.

Les conditions sont réunies pour un schisme. Certaines factions auront une occasion en or de remettre en cause le souverainisme solidaire, d’autant plus que le recul du parti s’est produit alors qu’il était représenté par deux de ses figures les plus résolument indépendantistes : Ruba Ghazal et Sol Zanetti.

Les fédéralistes québécois de gauche ont longtemps été dépourvus d’option politique sérieuse. La chance pourrait bientôt leur sourire. Les souverainistes solidaires, quant à eux, devront peut-être choisir entre rallier l’aile gauche du PQ ou se complaire dans l’obscurité.

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