L’autre convergence souverainiste

La convergence souverainiste n’est au fond qu’un principe simple : l’union des forces vers la réalisation de notre émancipation politique. On conçoit généralement cette union comme une concertation entre partis indépendantistes, mais en réalité, rien n’y oblige. Car c’est un tout autre rapprochement qui a marqué l’histoire du Québec, et nous l’avons sous les yeux depuis près de 60 ans, lorsque la gauche et la droite souverainistes se sont réunies au Parti québécois. C’est sous une bannière unique que nous avons trouvé notre force, et cette leçon doit nous aider à repenser la convergence.

On ne le répétera jamais assez : travailler ensemble nous permet d’éviter la division du vote, laquelle peut nous nuire profondément dans le contexte du mode de scrutin actuel. Il s’agit également du meilleur moyen de protéger le mouvement indépendantiste des fractures partisanes : en confrontant d’abord nos points de vue dans un espace de débat interne, nous pouvons proposer au citoyen nos idées les plus rassembleuses, plutôt que de s’affronter sur la place publique.

Mais au-delà de ces arguments intemporels, le Parti québécois remplit actuellement trois conditions qui rendent son appel au ralliement plus fort que jamais. Premièrement, il s’engage toujours à réaliser un référendum dans un premier mandat. Qu’importent les motifs derrière la stratégie du « bon gouvernement », aucune bonne intention ne peut remplacer l’attrait d’un objectif commun clair et concret : celui de réaliser l’indépendance. Aujourd’hui, les raisons qui ont mené à la création d’Option nationale (ON), où j’ai milité, n’existent plus.

Deuxièmement, le PQ est en excellente position pour porter les indépendantistes au pouvoir. Voilà un point qui devrait interpeller tous ceux qui ont vraiment à cœur la réalisation de notre mission. Rester dans les marges par puritanisme idéologique n’est pas une marque de « courage » : c’est la voie confortable de ceux qui préfèrent ne rien accomplir plutôt que d’accepter le compromis. Donner au Parti québécois un mandat fort, c’est se donner les moyens de mener notre lutte à terme.

Troisièmement, se rallier au principal véhicule indépendantiste prend tout son sens quand les autres formes de convergence souverainiste se trouvent dans l’impasse depuis presque 10 ans, suite à l’issue désastreuse des négociations de 2017, lorsque Québec solidaire (QS) a essentiellement gâché l’ensemble du travail avec les autres partis, y compris la feuille de route commune d’accession à l’indépendance.

En 2026, la perspective d’un dialogue avec QS n’a jamais semblé aussi chimérique, ce qui est d’autant plus frappant puisque le principal reproche fait au PQ de Jean-François Lisée est devenu caduc. Sol Zanetti, alors chef d’ON, écrivait en 2015 : « il va falloir que tous s’entendent sur la nécessité de s’engager clairement à [réaliser l’indépendance] dans un premier mandat. […] On ne fera pas travailler ensemble des militants progressistes et d’autres plus conservateurs en étant évasif sur l’horizon et l’échéancier de la réalisation de leur but politique ultime ». Or, cet homme dirige maintenant un parti complètement insensible au fait que Paul Saint-Pierre Plamondon promette un référendum dans un premier mandat! Car il semble que l’hostilité grandissante envers le PQ ait bloqué toute possibilité de raisonner les solidaires, dont certains commencent même à faire une distinction entre l’indépendance « péquiste » et la leur. Nul doute que cette animosité arrange bien ce parti qui, d’après mes années d’expérience militante, est toujours enclin à marginaliser les voix indépendantistes.

Quoi qu’il en soit, retenons que QS est aujourd’hui incapable de garantir un appui de principe à un éventuel projet de loi référendaire péquiste. Autrement dit, un PQ minoritaire ne pourrait pas compter sur un caucus solidaire ayant la balance du pouvoir. Indépendantistes, votons en conséquence. Après tout, les solidaires qui le souhaitent n’ont pas besoin de siège pour rejoindre le camp du Oui. Épargnons-leur une Assemblée nationale que certains d’entre eux trouvent « toxique ».

Alors que les querelles des autres partis font sans cesse les manchettes, le PQ de Paul Saint-Pierre Plamondon s’est démarqué par son unité, malgré une base militante très étalée sur le spectre gauche-droite. Dans un contexte politique qui semble de plus en plus polarisé, il y a là quelque chose d’extrêmement précieux. La convergence souverainiste n’est pas morte, elle fonde la culture de la grande coalition péquiste. Car c’est ensemble que nous finirons ce que la génération de René Lévesque a commencé. À tous les indépendantistes progressistes, sachez ceci : le temps donnera raison non pas à ceux qui divisent, mais à ceux qui ont su additionner.

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