
L’idéologie de Québec solidaire comporte plusieurs parallèles inquiétants avec l’offre politique du gouvernement Trump. À l’heure où les accusations (souvent gratuites) de « trumpisation » sont à la mode, notamment auprès d’une certaine gauche, je ne dresse pas ce bilan à la légère. Les parallèles que je m’apprête à exposer sont clairs et concrets; ils se basent directement sur les écrits programmatiques de QS et sont corroborés par ma propre expérience au sein de ce parti et de sa Commission politique.
Ne vous arrêtez pas au fait que les solidaires seraient « de gauche » tandis que Trump serait « de droite ». Comme nous le constaterons ici, ce genre de clivage restera toujours une représentation simpliste et imparfaite des réalités politiques. Les mouvements a prori opposés peuvent parfaitement s’investir dans des luttes communes, et cette leçon doit nous amener à considérer le populisme solidaire de manière plus lucide et vigilante.
Prenez le protectionnisme extrême que QS continue de défendre malgré les chocs de la guerre tarifaire. On se rappellera comment le parti a critiqué le libre-échange avec l’Europe, mais son programme va encore plus loin et condamne sévèrement l’ensemble des traités signés par le Canada depuis les années 80! C’est à se demander si le souhait de QS de conclure des accords qui « préservent la souveraineté des États » n’est pas qu’un euphémisme pour rejeter toute forme de libre-échange, comme s’il ne s’agissait que d’une infâme extension du néolibéralisme. De fait, le programme proclame haut et fort : « N’espérons plus que les traités de libre-échange, l’extractivisme des ressources du Sud global, les technologies importées et l’exploitation de travailleuses et travailleurs du monde entier garantissent notre style de vie, mais trouvons les moyens de combler nos besoins en respectant les limites de notre planète ».
Cela dit, l’admiration solidaire pour l’isolationnisme trumpiste dépasse largement le cadre économique. Car les deux acteurs se retournent chacun à leur manière contre les alliances militaires occidentales. À en croire le dernier programme QSiste, « les puissances occidentales dominent le monde » et imposent un impérialisme qui « nous mène vers une catastrophe humaine et environnementale sans précédent ». À l’évidence, cette lecture ignore grossièrement la montée de pays autoritaires comme la Russie et la Chine.
Pire encore : avant les travaux de simplification du programme en 2025, QS accusait officiellement l’Occident d’ « orchestrer » « la plupart de[s] conflits » dans le monde! Il réclamait également « la réduction massive des budgets militaires » tout en appelant « le Canada à sortir immédiatement de l’OTAN et de NORAD », deux alliances que nos adversaires voudraient voir tomber. À ce jour, la plupart de ces positions ne sont toujours pas reniées par le parti et continuent d’être reprises par des membres de sa base militante. Seule exception apparente : QS se contente maintenant de « s’oppos[er] à l’augmentation des dépenses militaires » plutôt que de prôner explicitement une réduction massive. Par ailleurs, Québec solidaire persiste dans son profond mépris de la défense de nos alliés. En octobre dernier, le parti a farouchement attaqué le projet caquiste de subvention à l’industrie de la défense, allant jusqu’à lancer une « pétition » contenant des slogans tels que « PAS DE BOMBES AVEC MES IMPÔTS! ». Or, le Québec exporte des armes à l’Ukraine, qui dépend de l’aide militaire étrangère pour résister à l’invasion russe.
QS n’a peut-être pas le même faible que Trump pour les autocrates, mais sa nonchalance envers leurs régimes ne date pas d’hier. Souvenons-nous de 2019, quand les solidaires avaient bloqué une motion péquiste appelant à la tenue d’élections libres au Venezuela. Certains députés ont carrément parlé d’« ingérence étrangère », une accusation déjà incohérente à l’époque, mais ô combien ironique depuis que Ruba Ghazal a littéralement fait campagne pour le Nouveau Front populaire auprès des Français du Québec. Plus récemment, alors que Paul Saint-Pierre Plamondon critiquait la décision d’Ottawa de se rapprocher de la Chine totalitaire, QS proposait déjà l’an passé d’« évaluer » l’option de faire entrer au Québec le marché des véhicules électriques chinois…
En politique nationale, plusieurs ressemblances entre Trump et Québec solidaire sont aussi indéniables. J’ai notamment été témoin d’une méfiance inouïe envers les médias traditionnels, dans tous les échelons du parti. Une méfiance que j’ai souvent vu tourner au sentiment de persécution et qui, comme l’illustrent les récents propos d’Haroun Bouazzi, se transpose parfois aux institutions démocratiques elles-mêmes.
D’autre part, les attaques de l’administration Trump contre la science trouvent également un certain écho chez QS, dont le programme prétendait pendant longtemps que « l’approche actuelle en matière de soins de santé » n’utilise pas assez les « médecines dites « douces » ou « alternatives » dont plusieurs semblent s’avérer efficaces ». Ce dogmatisme antisystème évoque directement la promesse du secrétaire américain à la santé, Robert F. Kennedy Jr, de réformer la Food and Drug Administration pour en finir avec une prétendue « guerre » contre les médecines alternatives, soit les approches thérapeutiques dont le fondement scientifique n’est que partiel ou inexistant.
QS a beau se vanter « d’écouter la science » lorsqu’il est question de changements climatiques, le fait est que cette écoute a toujours été sélective, et que le parti fait preuve de complaisance envers les discours militants qui s’opposent à certains consensus scientifiques. Autre exemple : jusqu’en 2025, les solidaires ont continuellement défendu un programme faisant équivaloir les OGM aux « pesticides ou [à] d’autres produits jugés potentiellement à risque pour la santé humaine », même s’il était déjà connu qu’une telle attitude est trompeuse et exagérée.
Les populismes de Trump et de Québec solidaire montrent tous deux comment l’irrationalité peut prendre le contrôle de la politique. L’un est centré sur un démagogue narcissique et l’autre carbure au sectarisme idéologique. Les deux sont un piège.
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